Le prix Médicis a été fondé en 1958 par Gala Barbisan et Jean-Pierre Giraudoux, avec l’intention de distinguer des œuvres littéraires audacieuses et innovantes, souvent en marge des courants dominants. Il récompense chaque année un roman, un récit ou un recueil de nouvelles dont l’auteur débute ou dont la notoriété reste encore inférieure à la qualité reconnue de son œuvre.
Le jury fondateur comptait parmi ses membres : Dominique Aury, Pierre Gascar, René Marill Albérès, Nathalie Sarraute, Denise Bourdet, Félicien Marceau, Francine Mallet, Alain Robbe-Grillet, ainsi que les deux cofondateurs, Gala Barbisan et Jean-Pierre Giraudoux.
Depuis 1970, un prix Médicis étranger récompense une œuvre traduite en français. En 1985 a été créé le prix Médicis essai, élargissant le champ d’intervention du prix à la non-fiction. Ces trois distinctions sont aujourd’hui remises le même jour.
Historiquement associé à la remise du prix Femina, qui se tenait à l’hôtel de Crillon, le Médicis s’en est émancipé : il est désormais attribué indépendamment.
Grâce au mécénat de la fondation GRoW @ Annenberg qui a pris effet en 2025, le Prix Médicis accorde une bourse de traduction en langue anglaise au roman de langue française primé, contribuant ainsi heureusement au lien entre les deux cultures.

Les trois dons de nos fées
Que Gala Barbisan, Geneviève Jabouille et Régina Weingarten
soient remerciées.
Dans notre jury, seuls Dominique Fernandez et Michel Braudeau ont connu Gala Barbisan qui un jour de 1958 créa le Prix Médicis. À lire le texte que Dominique lui a consacré, le regret nous prend d’avoir manqué un tel personnage. Notre site est nourri de ce regret, tant celui de la femme originale et pleine d’autorité qu’elle semble avoir été que celui de l’artiste secrète et personnelle qui laisse derrière elle une œuvre trop peu connue. En créant le prix Médicis, elle y a imprimé sa marque. Elle a déposé dans son berceau le sceptre de son autorité et le talent de son art, sa vertu très rare : un goût à la fois libre et souverain comme le dit Dominique, qui ajoute « C’était une manière de reine, à qui personne ne pouvait en conter ». Pas question donc que le jury qu’elle réunit avec Jean-Pierre Giraudoux s’en laisse conter par une école, un diktat universitaire ou pécuniaire. À son exemple chacun des jurés se doit d’exercer son goût comme on exerce un jugement, se doit de pouvoir dire : « moi, juré, je réponds personnellement de ce roman, ou de cet essai ».
Voilà le premier don que nous avons reçu : la règle du goût. Le goût littéraire bien sûr, mais le goût ne se laisse pas compartimenter. Le goût au sens kantien de capacité de juger. Il engage la personne. Et le goût de chaque juré deviendra chaotiquement peut-être mais indéniablement celui du jury.
Mais que serait un jury sans ses réunions où se partagent et se confrontent les goûts et donc les opinions de lecture ? Un jury est une assemblée. Quoi de mieux pour une assemblée que de partager un repas ? Le choix des listes, puis celui des lauréats, se passe donc à table. Que la table soit mise, et les plats déposés devant nous. Que nous délibérions de nos choix au milieu des radis, des bars et des daurades et des petits pois, accompagnés de la ronde des assiettes ! C’est le tribunal de nos goûts, le moment d’être sincère, de convaincre, de faire les comptes. Il est inimaginable que nos discussions se passent ailleurs qu’à table. Et la table appartient à notre deuxième marraine, Geneviève Jabouille, patronne du restaurant La Méditerranée, qui depuis dix ans, nous nourrit. Ces repas sont consubstantiels, c’est le cas de le dire, à notre Prix, comme le petit escalier que nous descendons depuis le salon privé du premier étage pour annoncer les lauréats à la presse. Geneviève Jabouille nous fait le don royal du gîte et du couvert. Elle a créé en nous une habitude, une sécurité sans jamais faire sentir combien elle nous gâte.
Reste notre troisième fée, venue depuis la côte ouest des États-Unis, portée jusqu’à nous grâce à une rencontre de Marie au consulat de France de Los Angeles, avec Didier Dutour, conseiller culturel chargé entre autres de la diffusion des livres français : Régina Weingarten. Menue, légère et souriante, elle nous a rejointes, Anne, Marie, Claudine et moi-même, un après-midi d’avril à La Méditerranée. Elle savait que nous regrettions de ne pas pouvoir nous offrir un site digne de l’histoire du Prix Médicis, pas le moindre centime non plus pour nous lancer dans un début de communication. Régina Weingarten dirige avec son mari Gregory Annenberg Weingarten la fondation GRoW @ Annenberg. Ce sont de grands mécènes. Qu’est-ce qui a fait que face à des chantiers autrement plus lourds que le nôtre, dans le domaine de la culture, de l’éducation, de la santé, de la pauvreté, Régina s’arrête à notre cas ? Elle nous l’a dit d’emblée : la lecture. L’amour qu’elle a de la lecture et de la littérature française. Elle-même a fait des études de lettres en France. Elle a été touchée de notre désir de faire vivre notre prix sans un sou, à preuve notre précédent site vaillamment construit par Anne mais gratuit et de ce fait grevé de publicités. Ce serait la première chose pour laquelle elle nous aiderait, faire un beau site. Et venant à nous en troisième position, elle a fait que nous nous sommes penchées sur Gala Barbisan, elle nous ramenait sans le savoir, sans que nous le sachions non plus, à notre première marraine. La boucle était bouclée. Bouclée en beauté, car Régina nous offre la liberté de faire ce que sans elle, nous n’aurions jamais pu faire, d’inventer, d’enrichir la vie du Prix Médicis pour le rendre plus visible, afin qu’il porte haut les couleurs de la littérature. Notre troisième don, c’est la liberté.
Il y a comme une sorte de grâce autour du Prix Médicis, au nom si bien choisi par Gala elle-même, peut-être en hommage à son mari italien dont la bourse finançait les dépenses du prix : la grâce de la générosité. La grâce d’un mécénat amical, comme un don qui rend la vie plus belle : le goût, la bonne nourriture et la liberté pour inventer une vie à notre prix.
Que Gala Barbisan, Geneviève Jabouille et Régina Weingarten soient remerciées.
Pascale Roze











