
photo – archives familiales – Yaroslavl Art Museum
Dominique Fernandez dresse un portrait haut en couleur
de Gala Barbisan dont il fut l’ami pendant dix ans.
GALA BARBISAN, pour servir à l’histoire du prix Médicis
Je ne l’ai connue que pendant les dix dernières années de sa vie, de 1972 à 1982, année de sa mort.
J’ignore donc tout de son passé russe. J’ignorais son âge, comme tous ses amis. Elle me paraissait très vieille, sans âge.
Une centenaire, peut-être ? Avec sa frange qui lui tombait raide sur le front, ses cheveux coupés droit, elle ressemblait à ces chevaliers teutoniques immortalisés par Eisenstein dans son film Alexandre Nevski. En réalité, comme je l’ai appris récemment, elle était née en 1904, et n’avait donc en 1972 que soixante-huit ans. Toutes ces précisions pour dire que c’était une figure mythologique, en dehors du temps, tenant de l’idole et de la sorcière, de la grande prêtresse et de l’impératrice Catherine II.
Sa splendide ville natale, Iaroslavl, sur la Volga, fondée au XIe siècle, riche d’églises, de cathédrales et de monastères, fait partie de l’anneau d’or, cette ceinture de villes saintes qui entoure Moscou. Hérissé de tours et de coupoles, le monastère du Sauveur (Spasski)…
