Les anciens jurés

Jean-Pierre Giraudoux

Fondateur du prix

L’image actuelle n’a pas de texte alternatif. Le nom du fichier est : Jean-Pierre-Giraudoux-e1756474893533.avif

photo : Fondation Giraudoux

Jean-Pierre Giraudoux, né le 29 décembre 1919 à Paris et mort le 9 juin 2000 dans la même ville, mena une existence partagée entre engagement politique et création littéraire.

Fils unique de Jean Giraudoux (1882-1944), écrivain majeur de l’entre-deux-guerres, il  grandit dans l’ombre tutélaire d’un nom célèbre qu’il n’aura de cesse d’interroger et de prolonger. Élève de l’École alsacienne, du lycée Henri IV à Paris puis de New College à Oxford, il rejoint les rangs gaullistes dès les premiers jours de la Résistance sous le pseudonyme “Montaigne” – nom qu’il utilisera également pour signer ses premiers textes, dans l’espoir de se forger une voix qui lui soit propre.

Mais comme son père, c’est dans la littérature que Jean-Pierre Giraudoux trouvera sa trajectoire. Il bâtit une œuvre personnelle, à la croisée du théâtre, du récit et de l’essai. Dramaturge prolifique, il est notamment l’auteur de L’Imp­romptu de Bellac (1968), Au nom du père (1968), Amphitryon 39 (1984) et Électre (1965). Les titres seuls de ces pièces révèlent – jusqu’à la caricature – à quel point il demeure sous la tutelle de son père. Plusieurs de ses pièces furent écrites pour la grande Edwige Feuillère. Ses romans et nouvelles sont tout aussi nombreux depuis Pas assez de silence en 1948 jusqu’à Nouvelles d’arrière-garde en 1998. En tant qu’essayiste, il publie Exil. Discours de guerre (1945), puis Le Fils (1967), méditation personnelle sur l’héritage et la filiation.

Mais son geste le plus durable reste sans doute la création du prix Médicis, en 1958, aux côtés de Gala Barbisan. « Gala, vous avez l’argent, j’ai le jury », lui aurait-il dit un jour. Il pensait ce prix comme un contrepoint à l’institution littéraire traditionnelle et aux grands jurys de l’époque : un prix « pas comme les autres », “récompensant la qualité d’un style”, l’audace de l’écriture, la singularité – loin des logiques de notoriété ou de chiffres de vente. C’est aussi lui qui eut l’idée de délivrer le prix Médicis le même jour, à la même heure que le prix Femina, au Cercle Interallié, avec une minute de retard, par respect ironique envers l’ancienneté du rival.

Il est difficile d’être le fils d’un auteur de renom, magnifié de plus par Jouvet. En créant le Prix Médicis, le fils a trouvé le moyen d’accompagner le mouvement de la nouveauté, celle qu’on appela “le nouveau roman”. Il a mis de l’air entre son père et lui. Un beau pas de côté.

Léna Despujols