Le site

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photo – Sasha C. Bokobza

Pascale et moi sommes devenues amies en nous rencontrant en 2018 au jury du Prix Médicis. Les années passant, un grand lien de confiance et d’affection a grandi entre nous. Nos différences nous amusent mais nous sommes toutes deux « vaillantes », comme on dit chez moi, et nous nous sommes lancées, en néophytes, dans la construction d’un nouveau site pour le Prix Médicis. 

Pascale a découvert que les œuvres de la mécène historique du Prix Médicis, Gala Barbisan, étaient collectionnées par un musée nommé la Fabuloserie. Et que ce musée se trouvait en Bourgogne à moins d’une heure de route de sa maison. La conceptrice que nous avons choisie pour le site, Sasha Bokobza, s’est enthousiasmée pour les images que Pascale a trouvées en ligne. 

Zou ! Un beau matin de mai, nous prenons le train pour Nogent-sur-Vernisson, où Luc, un chevalier servant de Pascale, nous attend. Il a gentiment offert de nous conduire dans sa Kangoo blanche. Sa tête me dit quelque chose. Nous sommes assises à l’arrière, Sasha et moi, excitées comme des gosses, et nous cherchons ensemble qui est cet homme affable au physique spectaculaire, crâne chauve, lunettes rondes, nez d’oiseau. 

Mais nous voilà à la Fabuloserie. C’est un musée d’art brut ouvert depuis 1983. La notion d’art brut a été proposée par Jean Dubuffet. C’est un art défini par le fait que ceux et celles qui le pratiquent n’ont pas fait d’études pour devenir artistes : un art spontané, autodidacte, voire naïf – mais qu’est-ce que la naïveté exactement en art ? La Fabuloserie accueille des œuvres de gens que la société a marginalisés, porteurs de handicaps, bricoleurs fous, mystiques, ou – femmes. Gala Barbisan est-elle une artiste d’art brut ? Cela se discute. Elle n’a pas été étudiante en art, certes, et c’est Jean Dubuffet lui-même qui l’a recommandée au collectionneur qu’était Alain Bourbonnais, le fondateur de la Fabuloserie. 

Nous sommes accueillies par Sophie Bourbonnais et son compagnon, Marek Mlodecki. Sophie nous parle de l’œuvre de son père, un architecte qui a su collectionner toutes ces merveilles et leur bâtir un abri à leur démesure. Personnage rabelaisien que son père, dont Sophie est le saisissant sosie au féminin. En nous montrant des photos, elle nous signale leur nez typiquement « bourbon », exactement le même chez le père et la fille, et le vertige me prend, bourdonnais et bourbonnais bourdonnent dans ma tête, je me suis levée trop tôt, et je refuse avec mélancolie un verre de Chablis. 

Marek a mis de côté pour nous les œuvres de Gala Barbisan. Nous voyons en vrai les dessins repérés sur Internet par Pascale, à partir desquels Sasha nous a proposé un « habillage » pour le site qui nous a d’emblée séduites. Nous découvrons aussi de beaux dessins de masques, et deux personnages qui dansent, mi-fleurs, mi-humains, dans le style très reconnaissable de Gala, de fins traits noirs sur blanc, des lignes courbes ou géométriques qui revisitent l’art de la gravure. Dans ma tête tournent les petites roues de la rêverie, celles qui écrivent. Nous prenons des photos pour le site, Sasha voit déjà s’animer les lignes.

Après un déjeuner magnifique offert par nos hôtes, nous visitons tout le musée (allez-y !), nous voyons le film de ce bon ogre qu’était Alain Bourbonnais, et nous voilà devant le manège de Petit Pierre (Pierre Avezard). C’est probablement le sommet de cette Fabuloserie dont le nom a été joliment trouvé. De nombreux visiteurs enfants s’émerveillent, et devant ce manège impeccablement préservé qui chemine autour de nous, j’ai l’impression d’être sur une pastille détachée de la Terre, et qui tourne, tourne, comme un royaume de temps magique, à mi-chemin entre l’enfance et le délire. 

Sasha me souffle soudain : « c’est le majordome de Groland ». Quoi ? « Luc, c’est l’acteur qui joue le majordome du président de la Présipauté, dans la série Groland ! » Notre chauffeur, Luc Weissmuller, était donc majordome de président dans un univers parallèle télévisuel, qui nous avait fait beaucoup rire dans les années 2000. Et le manège continuait sa ronde touchante et saccadée, et Luc aurait pu prendre la tête de la locomotive, pour nous emmener dans les roues de Gala…   

Marie Darrieussecq, été 2025, pour le site du Prix Médicis.

Internet : www.fabuloserie.com